"Le bien n'existe pas : la vertu est seulement une des faces de la terreur, avait dit la voix [...] [qui] commença à lui montrer les gens sur la plage. L'excellent père de famille [...] qui aurait aimé coucher avec sa secrétaire, mais qui était terrorisé d'avance par la réaction de sa femme. La femme qui aurait souhaité travailler et avoir son indépendance, mais qui était terrorisée par un époux tyrannique. [...] Terrorisé, aussi, le jeune homme qui s'astreignait à un entraînement intensif pour répondre à l'attente de ses parents. Le garçon qui servait des cocktails tropicaux à des clients riches souriant malgré sa terreur d'être congédié. La jeune fille, terrorisée par les critiques de ses voisins, qui avait renoncé à son rêve d'être danseuse et suivait des cours de droit. Le vieillard qui disait se sentir en pleine forme depuis qu'il ne buvait plus et ne fumait plus, alors que la terreur de la mort sifflait comme le vent à ses oreilles. [...]
En cette fin d'après-midi à couper le souffle, tous sur cette plage merveilleuse étaient en proie à la terreur. Terreur de se retrouver seul, [...] terreur de faire quelque chose de prohibé par les codes des usages, terreur du jugement de Dieu, terreur des commentaires d'autrui, terreur d'une justice inflexible à la moindre faute, terreur de risquer et de perdre, terreur de gagner et d'être jalousé, terreur d'aimer et d'être repoussé [...]."
Paulo Coelho, Le Démon et mademoiselle Prym.